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04/07/2010

Jean-Jacques : l'apiculteur de la Buttes-aux-Cailles

Portrait : Jean-Jacques Schakmundès, une des figures de l'apiculture parisienne. La vision qu'il a de son métier est précieuse. Conscient de la valeur de son expérience, il n'hésite pas à parler de sa passion, l'abeille. Après avoir été traducteur, réalisateur de cinéma, Jean-Jacques Schakmundés s'est mis au service des abeilles. Un homme, une vocation. Une belle histoire pour ceux qui, comme lui, sont tombés tout petits dans un pot de miel.

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Jean-Jacques Schakmundès

« J'ai toujours eu un bourdonnement d'abeille dans l'oreille. »

Jean-Jacques Schakmundès, apiculteur parisien, entretient depuis « tout minot » un rapport privilégié avec les abeilles. L'homme moustachu à la stature imposante est producteur de miel. Pas n'importe lequel, du vrai miel «intra muros» produit dans le sud-est de Paris. Couleur délicatement ambrée, goût subtilement fruité. Sa production est devenue au fil des ans une référence. Ce passionné tient boutique depuis 15 ans dans le XIIIe arrondissement, du côté de la Butte-aux-Cailles. Au milieu du matériel d'apiculture qui encombre la petite échoppe, le miel qui l'a rendu célèbre.

Sa réputation a depuis longtemps franchi les limites du périphérique. Les Français le connaissent et l'apprécient, les touristes aussi. « Je fais un peu partie du tour obligé des Japonais. J'ai tourné des émissions gastronomiques avec les Nippons. Depuis j'exporte là-bas.» L'apiculteur amateur, comme il se définit lui-même, profite aussi d'un engouement qui découle de la nature paradoxale de sa production. « Ce miel est bon, mais pas meilleur que les autres. Par contre il est produit au dernier endroit où les gens s'attendent à le trouver. Il contient une part de rêve.»

« Certains font « pisser » les ruches »

Paris offre, contre toute attente, des conditions exceptionnelles. « Ici les abeilles sont en pleine forme alors que dans le reste de la France les populations ne cessent de décroître. Loin des pesticides les ruches prospèrent. La variété d'espèces de fleurs est très riche. Les ouvrières sont rarement à court de pollen. » Paris paradis des abeilles ? « C'est vrai que les ruches peuvent produire beaucoup en milieu urbain. J'ai un ami au Pré-Saint-Gervais qui, la première année, a fait plus de cent kilos pour une ruche. Mais c'est exceptionnel, on produit en moyenne 35 à 40 kg. »

La qualité du trésor naturel produit par la trentaine de ruches de Jean-Jacques Schakmundès, ne doit rien au hasard. « J'ai une philosophie et je n'en sort pas. Quand certains font « pisser » les ruches, moi j'accepte que certaines années soient un peu moins bonnes. Je ne fais jamais ce que la morale écologique réprouve ! »

La folie du miel parisien

Si le succès enivre certains, ce n'est pas le cas de Jean-Jacques. La concrétisation tardive de sa vocation explique peut-être son recul par rapport à la « folie du miel parisien ». Tout jeune il s'intéresse aux abeilles grâce à des amis de ses grands parents. A la trentaine, le venin de la vocation apicole qui dormait dans ses veines, le contamine. « Je voulais acheter un PC à une personne dont le père avait des ruches. J'ai laissé le PC. Je suis reparti avec les ruches. Je les ai installées au bois de Vincennes. » Le traducteur anglais-français cède la place à l'apiculteur. Installation des ruches. Ouverture de la boutique. Le parcours riche et atypique de « l'amateur » de la Butte-aux-Cailles fait des émules. Les particuliers installent des ruches dans leurs jardins sous la houlette de Jean-Jacques. Le miel du XIIIe a de beaux jours devant lui.

V. L.

Boutique "Les abeilles"  21, rue de la Butte-aux-Cailles 75013 Paris
tél : 01 45 81 43 48

L'abeille marketing

Les ruches du Grand Palais (VIIIe)


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Nicolas Géant, apiculteur

« Nous allons commencer à vendre le miel du Grand Palais cet automne », annonce Melvina Mossé-Caubel, responsable du mécénat. « Celui récolté l'année dernière nous servait surtout d'outil de communication. Cette année en plus, nous allons le commercialiser. Le miel estampillé « Grand Palais » est un produit rare, mais il restera abordable, ouvert à tous.» D'après Melvina, marketing oblige, le miel devrait être présenté dans des « pots semblables à des produits cosmétiques ».

Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Pour assurer une production suffisante, Nicolas Géant, apiculteur au Grand palais, passe à la vitesse supérieure. Portées à bout de bras trois nouvelles ruches empruntent tour à tour, un long et étroit escalier en colimaçon. Direction, les toits gris-noir en zinc écrasés par le soleil de juillet. Parcours du combattant, franchissement d'obstacles. Les trois nouvelles colonies rejoignent enfin les deux ruches déjà en place. Opération terminée, Nicolas Géant essoufflé par l'effort est en nage. Le jeu en vaut-il la chandelle ? « Bien sûr, car à Paris les abeilles sont plus productives. Loin des pesticides elles prospèrent. La production ici est bien supérieure à celle de province. Cette année a été mauvaise à cause d'un mois de juin froid. Malgré cela nous espérons produire au moins 150 kg de miel. »


Ses abeilles « Buckfast », réputées calmes, sont relativement excitées. «C'est normal car ont les a un peu stressées mais tout va rentrer dans l'ordre », indique Nicolas, chapeau d'apiculture sur la tête. Injection de fumée dans la plus grande des  ruches, le calme revient. L'apiculteur extrait un cadre alvéolé gorgé de miel. Pour goûter le produit, il n'y a plus qu'à  enfoncer le doigt. Sous la cire le délice. Les qualités florales de ce miel parisien font le régal du Palais. La variété des fleurs butinées par les ouvrières du VIIIe conditionne sa qualité. « Les abeilles peuvent aller loin, elles profitent de toutes les opportunités. L'offre est très importante. Les fleurs des jardins de l'Elysée sont par exemple à la portée de nos butineuses.», affirme Nicolas Géant.

Un amplificateur de notoriété

Le miel de Paris en général et celui du Grand Palais en particulier sont des produits naturels prestigieux. Pureté et symbolique positive en font des amplificateurs de notoriété. L'abeille outil marketing, le concept ne gêne pas l'apiculteur. Il assume totalement cette facette de son travail. Il travaille avec des entreprises qui peaufinent leur communication, « En interne pour les salariés de Vuitton. A destination des clients,  pour le restaurant de la Tour d'argent. Ils utilisent le miel de leurs sept ruches pour faire des sauces ». Ancien directeur commercial, Nicolas Géant n'a pas fini de faire son miel du pouvoir de fascination qu'exercent en ce moment les abeilles de Paris.

www.grandpalais.fr

www.nicomiel.com


V. L.


 


L'abeille communicante

Des ruches sur le toit de la Mairie du IVe

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Mairie du IVe

« On va l'appeler n° IV » annonce Dominique Bertinotti, maire du IVe arrondissement. La première récolte de miel des cinq ruches disposées depuis la mi-juin sur les toits de la mairie fait l'unanimité. La douce folie du miel et des abeilles vient de faire une nouvelle victime. Après les apiculteurs intra-muros de longue date, et les particuliers, c'est au tour de la municipalité de surfer sur la vague des abeilles et de la biodiversité. Les ruches de la Mairie du IVe viennent s'ajouter à celles du Grand Palais et du Crédit Municipal.


Opération de communication ou réelle promotion d'une activité naturelle accessible aux citadins ? « Profiter de l'engouement qui existe autour des abeilles et de leur image positive, certes mais pas seulement », déclare-t-on au cabinet de Fabienne Giboudeaux, adjointe aux Espaces verts de la mairie de Paris. « La municipalité est surtout là pour faciliter et encadrer les installations. Pour faire participer les citoyens aussi. Nous travaillons par exemple avec un conseil de quartier dans le XVIIIe. Le projet c'est l'installation de ruches dans un espace vert. C'est aussi la formation de deux personnes aux techniques apicoles. »


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Marc Perret


Une dynamique qui représente une aubaine pour Marc Perret apiculteur amateur. « Je voulais poser mes ruches à Paris. Je me suis d'abord adressé aux monastères sans succès. Puis un ami apiculteur dans le XXe m'a signalé que la Mairie cherchait à installer des ruches. » La prise de contact se fait en début d'année. Installation des cinq pied-à-terre parisiens pour les ouvrières butineuses en présence des membres du conseil des enfants. La production démarre sur les chapeaux de roue. « La diversité florale de la capitale et la quasi absence de pesticides fait des merveilles. En un mois, j'ai déjà récolté 90 kg de miel. » Le résultat dépasse toutes les espérances. Dorénavant, tous les jeunes mariés recevront des mains de la maire un petit pot de « Numéro quatre de chez l'abeille ».


Une attention qui fait sourire Marc Perret « l'engouement, la communication, c'est positif. Il ne faut pas bouder son plaisir. Ce qui se passe autour du miel aujourd'hui va dans le bon sens. Le seul danger serait de vouloir se lancer sans formation. » En goûtant le miel du Marais, blond comme les blés, doux comme un bonbon, la tentation est grande d'éluder le conseil.


V. L.