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04/07/2010

L'abeille agent de la biodiversité

"Optimiste tout en étant vigilant"

Entretien :
Romain Julliard, pilote scientifique depuis 10 ans au sein du Muséum d'histoire naturelle de Paris. Il définit le rôle de l'abeille dans le maintien de la biodiversité.

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Romain Julliard


Quelle place l'abeille occupe-t-elle dans le maintien de la biodiversité ?
L'abeille est mécaniquement au centre du maintien de la biodiversité. C'est un insecte pollinisateur parmi d'autres. En allant de fleurs en fleurs pour chercher sa nourriture, elle se charge de pollen. En redistribuant une partie de ce pollen à d'autres fleurs, elle en assure la fécondation. La reproduction d'un grand nombre de plantes passe par la pollinisation, donc par l'abeille. Les colonies d'ouvrières interviennent sur de nombreux types de fleurs, même si elles ont tendance parfois à se spécialiser. Plantes et insectes en tirent profit en créent des réseaux d'interaction. Ces réseaux fonctionnent comme des systèmes stables, capables de faire face aux aléas de la nature.

Ce rôle de pollinisateur est-il le même à Paris ?
Oui car malgré ce que l'on peut croire, l'abeille vit très bien en ville. Ce n'est pas le cas de toutes les espèces. Les coléoptères, pollinisateurs eux aussi, sont moins à l'aise en milieu urbain. La variété végétale et florale est très importante sur de petites surfaces. L'offre de nutriments pour les abeilles est largement supérieure à la demande. Elles en profitent et jouent naturellement leur rôle de pollinisation à fond.


L'abeille est-elle le seul pollinisateur efficace à Paris ?
Quantités d'insectes remplissent ce rôle : les guêpes, les papillons, les coléoptères. Les mouches aussi participent. Neuf cents espèces d'abeilles butinent. Notre abeille commune, Apis Mellifera, en fait partie, mais elle n'est pas la seule.

D'autres facteurs favorisent-ils les abeilles des villes ?
L'absence de pesticides est un facteur primordial de bonne santé. Ces produits affaiblissent les colonies qui deviennent plus sensibles au stress et aux parasites. Le climat dans les grandes villes est aussi plus doux en hiver. Les quelques degrés supplémentaires dégagés par l'activité urbaine profitent aux abeilles.

Les ruches parisiennes ont-elles un impact sur la biodiversité ?
L'impact est difficilement quantifiable. Une ruche est souvent plus productive à Paris qu'en province. Les apiculteurs ont donc tendance à en installer de plus en plus. Le nombre d'abeilles domestiques augmente, la pollinisation aussi.

Les abeilles ont-elles des prédateurs naturels en ville ?
Bien sûr, et heureusement. Un système naturel sans prédateurs est la preuve d'un déséquilibre. La vie sur les fleurs n'est pas une partie de plaisir. La compétition entre insectes butineurs est terrible. Sans compter les punaises, araignées et autres frelons qui tuent de nombreuses abeilles. Le frelon asiatique tueur d'abeille a déjà été signalé en Seine-Saint-Denis.

La situation des abeilles semble bonne à Paris, comment la pérenniser ?
En sensibilisant le public à l'importance des insectes pollinisateurs. Ils garantissent le maintien d'une biodiversité dynamique. Le miel est tendance et bénéficie d'une symbolique positive, il faut en profiter.

Sensibiliser le public d'accord, mais de quelle manière ?
En misant sur la participation. Comme le projet Spipoll (Suivi Photographique des Insectes POLLinisateurs - voir encadré ci-dessous) mis en place par le Muséum d'histoire naturelle. C'est la concrétisation à l'échelle nationale de la participation active des citoyens. On leur propose de devenir des collecteurs d'informations. Leur travail est efficace et utilisable pour la recherche.

La baisse de la biodiversité à un niveau global est-elle inquiétante ?
Oui mais, je reste optimiste tout en étant vigilant. Il y a eu dernièrement des atteintes graves à l'environnement en général et à la biodiversité en particulier. Contrairement au climat qui a beaucoup d'inertie, les systèmes naturels ont une capacité à se rééquilibrer forte.

Propos recueillis par V. L.


SPIPOLL (Suivi Photographique des Insectes POLLinisateurs) est un projet participatif initié par Romain Julliard, pilote scientifique au Muséum national d'histoire naturelle de Paris. Le concept est simple. Un site web (ouvert depuis le 19 mai 2010) et des volontaires dans toute la France. Le but, observer et photographier les insectes pollinisateurs autour de chez soi. Les collections d'insectes constituées remontent par Internet au Muséum qui les centralise et les analyse. « C'est déjà un succès. Nous avons récupéré 500 collections et plus de 2 500 photos d'insectes» indique Romain Julliard.

www.spipoll.fr

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